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Concertclassic.com – Novembre 2015 • Sélim Mazari

Le 27 novembre 2015

Sélim Mazari en récital aux « Pianissimes » – Au cœur de la musique

La lâcheté sanguinaire était déjà à l’œuvre dans Paris alors que se déroulait le concert… On n’en a eu connaissance qu’en quittant le Couvent des Récollets, ces funestes événements faisant a posteriori du récital de Sélim Mazari une parenthèse miraculeuse qui ne donne que plus de prix à la beauté et à la musique dans un monde confronté à l’obscurantisme criminel.

Très marqué par l’enseignement de Brigitte Engerer (qui a suivi son parcours à partir de ses dix ans), mais aussi par celui de Jean-Claude Pennetier et d’Avedis Kouyoumdjian, auprès duquel il continue de se perfectionner à Vienne, Sélim Mazari, 23 ans tout rond, a déjà été remarqué grâce entre autres à une Révélation classique Adami en 2012 et un  2ème Prix au Concours Piano Campus en 2013.

En ouverture de programme, la Sonate en la bémol majeur Hob. XVI. 46 peut en remontrer à beaucoup de haydniens patentés. L’Allegro moderato, étonnant de vie et de secrète poésie captive par ses éclairages changeants, ses murmures. On dirait une petite scène de théâtre. Là comme dans l’Adagio, très vécu, ou le Presto, vivant mais sans rien de la joie forcée, voire un peu sotte, que l’on inflige souvent à Haydn, on mesure le sens parfait du tempo de Sélim Mazari. Respirer sans jamais alanguir, avancer sans jamais presser la phrase, ni « bouler » le trait : du grand art, auquel s’ajoutent un toucher, une variété de timbres, un imaginaire sonore qui, comme pour Cloches à travers les feuilles, font merveille dans Et la lune descend sur le temple qui fut et Poissons d’or. La vie intérieure que le pianiste imprime au texte debussyste illustre le naturel avec lequel il parvient au cœur de musique – ce quel que soit le style abordé.

Les Variations sérieuses de Mendelssohn ne sont pas en reste, conduites avec autant de variété dans les caractères que de tact dans les transitions, avant que le récital ne s’achève sur un Tombeau de Couperin d’anthologie. On n’est près d’oublier cette Fugue d’une poésie consommée ou ce Menuet où le temps a paru se suspendre…
Le jeune piano français ne manque pas de talents certes, mais celui de Sélim Mazari n’est pas ordinaire. Suivez-le de près !

par Alain Cochard



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